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Le 19ème congrès de Révolution internationale :
Des abandons politiques qui mènent vers le camp de la bourgeoisie

Révolution internationale, dans le numéro 415 (septembre 2010) de son journal, vient de publier un compte-rendu de son dernier congrès. Depuis notre exclusion de cette organisation (mars 2002) jusqu'au 17ème congrès du CCI en 2007, tous les congrès, surtout "internationaux", ont été des étapes importantes de la dynamique opportuniste de cette organisation, remettant en cause des positions politiques fondamentales du CCI, de la Gauche communiste et du marxisme1. "Aujourd'hui, disions-nous2 à propos du précédent congrès en 2008 (cf. le bulletin 44 de la FICCI), le 18e congrès de RI fait pâle figure en comparaison. Aucune innovation. Aucune liquidation particulière. Aucun pseudo-approfondissement théorique. Ou politique. Aucun débat réel. Aucune perspective avancée. Ni pour la classe ouvrière - en particulier face à la question de la guerre impérialiste. Ni pour les minorités révolutionnaires. Rien. Le CCI opportuniste de la liquidation n'a plus rien à dire au prolétariat. Il n'a plus rien à dire aux forces vives de la Gauche communiste, aux éléments dynamiques qui s'en rapprochent. Il ne sert qu'à détourner, déformer et dévitaliser de nouvelles énergies militantes et à donner une fausse virginité révolutionnaire aux gauchistes de tous poils. Les travaux du 18ème congrès de sa section en France en sont la brillante illustration". Il en avait été de même pour le 18ème congrès du CCI l'an dernier, au point que nous n'avions pas jugé utile de prendre position sur son compte-rendu.

Si la dernière partie de notre conclusion de 2008 a été largement confirmée depuis, au point que le CCI d'aujourd'hui en arrive à défendre ouvertement la collaboration avec des organisations ouvertement gauchistes et syndicalistes (en particulier anarchistes, mais pas uniquement), il convient néanmoins de constater que cette organisation a de nouveau beaucoup d' "originalités" à mettre en avant.

Incohérences et contradictions marquent la perte de toute pensée communiste

En premier lieu, les incroyables contradictions et incohérences au niveau des analyses contenues dans le bilan qui nous est présenté dans le journal, laisse apparaître un appauvrissement considérable de la pensée du point de vue marxiste, du point de vue du prolétariat ; et un oubli - parfois une disparition - des positions fondamentales du CCI. Il ne s'agit pas là du plus grave. Néanmoins commençons par là en suivant la présentation qui nous est faite.

D'entrée, la discussion du congrès sur la question de la crise du capitalisme vient révéler non seulement une perte de boussole politique qui s'est installée depuis presque une décennie, mais surtout l'abandon du marxisme et la trahison de la position du CCI sur la crise et la décadence du capitalisme : "la bourgeoisie mondiale n’a pas d’autre solution à l’endettement que de poursuivre sa politique d’endettement des États. Un débat s’est développé, et doit se poursuivre dans le CCI, autour des limites objectives de cet endettement". Prendre comme point de départ d'une clarification politique sur la crise économique "des limites objectives", c'est-à-dire poser en soi la question de la crise, au plan économique, repose sur l'idée d'un effondrement automatique du capitalisme sans intervention de la lutte des classes. Cette tendance était déjà apparue lors des années 1990 au sein du CCI, défendue en particulier par des militants qui constituaient déjà le noyau de la "faction liquidationniste". Cette façon de poser la question avait été alors rejetée par toute l'organisation. Elle est étroitement liée, au moins dans sa démarche anti-marxiste, idéaliste, petite-bourgeoise, à la théorie de la décomposition du capitalisme (telle qu'elle a été développée par cette même "faction") - théorie sur laquelle, par ailleurs, le CCI reste aujourd'hui étrangement discret. Avec cette vision non-marxiste, il n'est donc pas étonnant que la question de la guerre impérialiste et de l'alternative "guerre ou révolution" soit, encore une fois, complètement absente des débats du congrès et de ses conclusions. Alors même que l'aggravation dramatique de la crise économique vient accentuer encore l'actualité de cette perspective comme "issue politique" vers laquelle le capitalisme est inévitablement entrainé, au point que les différentes bourgeoisies des principales puissances impérialistes s'y préparent activement. Mais il est vrai, relevons quand même la "cohérence", ou plutôt la mécanique opportuniste, que la théorie de la décomposition avait amené le CCI des années 2000 à rejeter l'alternative historique "guerre ou révolution" (15ème congrès international) et toute possibilité d'une 3ème guerre impérialiste mondiale (17ème congrès).

Cette vision et compréhension de la crise est contradictoire avec la plateforme politique de cette organisation : "La crise de surproduction (...) est devenue aujourd'hui permanente (...). La seule chose que le capitalisme puisse aujourd'hui étendre dans le monde, c'est la misère humaine absolue, comme celle que connaissent les pays du tiers-monde. La concurrence entre les nations capitalistes ne peut, dans ces conditions, que devenir de plus en plus implacable. L'impérialisme, politique à laquelle est contrainte, pour survivre, toute nation quelle que soit sa taille, impose à l'humanité d'être plongée depuis 1914 dans un cycle de crise-guerre-reconstruction-nouvelle crise" (pt. 3 de la plateforme du CCI, nous soulignons). Il est vrai aussi que le 16ème congrès du CCI, en 2005, a rejeté l'existence de ce cycle. Il y aurait, sur ce point, une certaine cohérence, cohérence dans la remise en question des positions du CCI, si elle était clairement assumée dans ses conséquences théorique, politiques et pratiques, notamment par la révision de la plateforme du CCI !

Mais, au niveau incohérence, le meilleur est à venir. La présentation des discussions du congrès sur l'évolution de la lutte des classes est, à ce niveau, un sommet, manifestant une perte de boussole complète. Et au-delà des contradictions sur le plan de l'"analyse", elle vient exprimer les différentes remises en cause de positions fondamentales du CCI sans même qu'aucun militant semble s'en apercevoir...

Le texte évoque la discussion sur la situation de la lutte des classes au niveau international, puis au niveau de la France. Déjà là, apparaît une incohérence qui montre le degré de "sérieux" de la préparation et du déroulement du congrès quant à l'appréciation de la situation. D'un côté, on nous explique que "les débats sur la dynamique actuelle de la lutte de classe et ses perspectives pour les deux années à venir ont mis en évidence les difficultés auxquelles est confrontée la classe ouvrière des pays d’Europe occidentale, notamment la France. (...) Le chômage, et la peur des licenciements, constituent un facteur de paralysie qui ne peut être surmonté immédiatement et nécessite que le prolétariat retrouve progressivement son identité de classe et sa confiance en lui-même" au point qu'"un processus de maturation est donc indispensable pour que puissent surgir des luttes massives". De l'autre côté, on s'enorgueillit que "les débats du Congrès ont également mis en évidence que la bourgeoisie des pays industrialisés et, notamment la bourgeoisie française, redoute le surgissement de ces luttes massives" au point qu'en France, "le spectre des luttes massives hante la bourgeoisie. Une bourgeoisie affaiblie par les bourdes successives et de plus en plus impopulaires de Sarkozy. C’est la raison pour laquelle la classe dominante marche sur des œufs". Cette dernière "analyse" est à rapprocher de celle que le CCI avait avancée dans ses Thèses sur le mouvement étudiant (Revue internationale 125, 2006) selon laquelle le gouvernement français avait complètement paniqué face au mouvement étudiant contre le CPE3. Si nous comprenons bien ce qu'a dit le congrès, la bourgeoisie française, qui "marche sur des œufs", se trouverait confrontée à la possibilité de luttes massives dont les conditions pour leur réalisation n'existeraient pas - "notamment en France" ! Reconnaissons-le humblement, la subtilité "dialectique" de ce raisonnement contradictoire nous échappe et doit égarer plus d'un militant et d'un sympathisant du CCI d'aujourd'hui s'il en est de véritablement et sincèrement sérieux.

Suite de l'abandon des positions du CCI, les unes après les autres...

Nous laisserons de côté, ici, la soi-disant discussion du congrès sur la différence "entre grève de masse et luttes massives". On peut présumer que, devant la vacuité de véritables débats et confrontations politiques, quelqu'un aura cherché et "trouvé" un sujet "d'approfondissement" tout aussi vide de sens politique. Par contre, une fois de plus, le CCI devenu opportuniste, oubliant ses acquis des années 1970 et 1980, ne cesse d'introduire des préalables au développement du combat de classe : pour que surgissent "des luttes massives", il faut qu'existe préalablement "un processus de maturation" dans la classe ; et l'apparition de "la grève de masse" exige, auparavant, "un certain niveau (???) de politisation (???) des luttes". La position qu'a toujours défendu le CCI rejette cette vision en affirmant avec Rosa Luxemburg que, dans la période de décadence du capitalisme, "la grève de masse apparaît ainsi (...) comme une forme universelle de la lutte de classe prolétarienne déterminée par le stade actuel du développement capitaliste et des rapports de classe" (Rosa Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicats).

Le préalable de la "maturation", c'est-à-dire le préalable de la prise de conscience, au développement de la lutte ouvrière, le préalable de la "politisation" - toujours et encore la prise de conscience - pour la grève de masse, réintroduit la vision idéaliste, conseilliste, économiste si l'on préfère, de la séparation entre lutte économique et lutte politique. Or, dans la grève de masse, "l'élément économique et l'élément politique (...) sont indissolublement liés (...). Lorsque la lutte politique s'étend, se clarifie et s'intensifie, non seulement la lutte revendicative ne disparaît pas, mais elle s'étend, s'organise, et s'intensifie parallèlement. Il y a interaction complète entre les deux" (idem). Le préalable de la "politisation" - concept pour le moins confus - tend à nier que toute lutte ouvrière, même la plus petite et limitée, est nécessairement, inévitablement, aussi une lutte politique dans la mesure où, dans la période de décadence du capitalisme, "l'organisation de l'exploitation du prolétariat cesse d'être une affaire entre patrons d'entreprises et ouvriers, pour devenir celle de l'Etat et de mille rouages nouveaux créés pour l'encadrer, gérer, vider en permanence de tout danger révolutionnaire, la soumettre à une répression aussi systématique qu'insidieuse" (Plateforme du CCI, pt.6). C'est-à-dire que même dans toute lutte immédiate et locale, les ouvriers se trouvent confrontés à l'ensemble de la classe capitaliste, à son Etat et particulièrement à ses organes au sein de la classe que sont les syndicats ce qui signifie que la dimension politique de la lutte est nécessairement présente et qu'elle est même déterminante, ne serait-ce que dans la définition des revendications purement "économiques". Aujourd'hui, les difficultés que rencontrent le prolétariat pour le développement de ses luttes sont essentiellement d'ordre politique et les obstacles sont des obstacles politiques.

Tout ceci appartient aux leçons du mouvement ouvrier et que le CCI avait su se réapproprier tout au long de son histoire au prix bien souvent de... difficiles batailles organisationnelles. Aujourd'hui, ces leçons sont abandonnées.

Mais le plus grave n'est pas tant l'existence d'incohérences et de contradictions manifestes, ni les oublis de certains acquis politiques, mais plutôt ce qu'ils révèlent : à savoir des remises en cause, des trahisons en fait, de positions fondamentales du CCI et du marxisme. En effet, selon l'actuel CCI, "la classe ouvrière, malgré son énorme mécontentement, éprouve une hésitation à s’engager dans des luttes massives. Ce relatif déboussolement est dû au coup de massue qu’elle subit et qui, dans un premier temps, ne peut que renforcer ses hésitations à engager le combat pour la défense de ses conditions de vie". Le coup de massue en question n'est que les attaques massives au plan économique que la classe ouvrière subit actuellement. Dans les années 1970, le CCI "saluait" la crise économique car il estimait qu'elle présentait justement les conditions, "l'allié", pour le développement des luttes ouvrières. Aujourd'hui il estime que les attaques sont devenues un frein à la lutte !

Bien évidemment, loin de nous l'idée selon laquelle le prolétariat n'éprouve pas des difficultés, voire quelques hésitations, pour développer son combat. Au niveau superficiel et immédiat, ces problèmes sont surtout le résultat des manœuvres des syndicats - en particulier avec la tactique d'étouffement de la combativité croissante que constituent l'organisation par ces syndicats de grandes "journées d'action", notamment en Europe. Mais, plus profondément, ils sont la manifestation d'une conscience de classe affaiblie et en recul, conséquence des campagnes anti-communistes mensongères, qui ont fait suite à l'effondrement de l'URSS et du stalinisme, et au renforcement de l'idéologie démocratique qui les a accompagnées.

Derrière l'idée "originale" qui est ici introduite et selon laquelle la crise serait un frein à la lutte ouvrière, il y a une remise en cause de la position de toujours du CCI et du marxisme.

Au tour de la Critique de la théorie des maillons faibles d'être liquidée

Plus manifeste encore, se trouve la remise en cause de la "critique de la théorie du maillon faible" que notre organisation avait réalisée au cours des années 1980 et qu'elle était la seule à défendre au sein du camp prolétarien4. Cette remise en cause n'est pas explicite mais pourtant bel et bien en cours. Elle est notamment liée à la politique opportuniste de recrutement sans principe que le CCI réalise, depuis plusieurs années maintenant, dans les pays de la périphérie. Nous avions déjà dénoncé sa collaboration avec le groupe gauchiste et syndicaliste OPOP au Brésil. Depuis lors, cette politique s'est notablement accélérée. Et le contre-coup de cette ouverture au gauchisme, de ces "succès" dans le recrutement, a été particulièrement rapide et néfaste, se manifestant par une accélération du processus de dégénérescence de cette organisation. Aujourd'hui, on en est à la révision des positions d'origine du CCI et même de l'histoire du mouvement ouvrier - comme on peut le voir dans plusieurs articles récents de sa presse qui ré-écrivent notamment l'histoire concernant la relation du marxisme avec l'anarchisme.

En effet, il apparaît que la politique de "pêche à la ligne" pour de nouveaux recrutements n'ait pas le même succès en Europe que dans le reste du monde : "sur le plan de l’affluence de nouveaux contacts, nous avons pu constater un certain décalage entre les pays d’Europe occidentale et les zones de la périphérie (notamment l’Amérique latine)". A cela plusieurs raisons que nous n'entendons pas développer ici mais qui toutes ont trait au rapprochement du CCI d'avec le gauchisme et la bourgeoisie. Mais il fallait bien que le CCI, pour sa part, en trouve une.

Apparemment, "le Congrès n’a pas dégagé une totale homogénéité dans l’analyse des causes de ce décalage". Mais "une analyse a été avancée et mérite une réflexion plus approfondie : l’Europe occidentale a été le théâtre de deux guerres mondiales et de la contre révolution la plus profonde de l’histoire avec l’écrasement sanglant de la révolution en Allemagne au début des années 1920. Ces événements tragiques ont provoqué un profond traumatisme dont les séquelles marquent encore aujourd’hui le prolétariat des pays d’Europe occidentale. C’est ce qui pourrait expliquer le poids très fort des illusions démocratiques dans cette région du monde, de même que la méfiance à l’égard des groupes se réclamant de la révolution d’Octobre 1917 en Russie. C’est également dans cette partie de la planète que les campagnes anti communistes, consécutives à l’effondrement de l’URSS et des régimes staliniens, ont eu le plus grand impact. Les organisations révolutionnaires appartenant au courant de la Gauche communiste inspirent donc encore une certaine méfiance".

Le fait qu'il n'y ait pas homogénéité signifie qu'il y a certainement quelques militants qui ont encore en mémoire la critique de la théorie du maillon faible et qu'ils veulent y rester fidèles. Si tel est le cas, il faudra qu'ils engagent un combat politique car, à la lecture du texte sur le congrès, l'abandon de cette position est déjà bien avancée dans les rangs de l'organisation. En effet, l'abandon s'est déjà largement introduit, au moins dans ce congrès, dans l'explication des difficultés du prolétariat à lutter et dans la question de la nécessaire... maturation pour dépasser "les difficultés auxquelles est confrontée la classe ouvrière des pays d’Europe occidentale, notamment la France". Alors même que, dans les pays de la périphérie du capitalisme, "cette maturation s’exprime déjà par les luttes ouvrières qui se sont développées récemment, notamment celles des travailleurs de Tekel en Turquie, particulièrement significatives de la dynamique de la lutte de classe à l’échelle internationale".

L'analyse "avancée" est en complète opposition avec la critique de la théorie du maillon faible. Tous les arguments avancés pour justifier le "décalage" entre pays de la périphérie et pays d'Europe, le retard de ces derniers, tant dans l'apparition de nouveaux militants que dans le développement des luttes ouvrières, sont justement les arguments qui servaient à fonder notre rejet de la Théorie des maillons faibles qu'a notamment développé Lénine :

"Ce n'est qu'au moment où la lutte prolétarienne touchera le coeur économique et politique du dispositif capitaliste, lorsque la mise en place d'un cordon sanitaire économique deviendra impossible, car ce seront les économies les plus riches qui auront été touchées, lorsque la mise en place d'un cordon sanitaire politique n'aura plus d'effet parce que ce sera le prolétariat le plus développé qui affrontera la bourgeoisie la plus puissante, c'est alors seulement que cette lutte donnera le signal de l'embrasement révolutionnaire mondial. (...) Ce n'est donc qu'en Europe occidentale, là où le prolétariat a la plus vieille expérience des luttes, où il est confronté d'ores et déjà depuis des décennies à ces mystifications « ouvrières » les plus élaborées, qu'il pourra développer pleinement sa conscience politique indispensable à sa lutte pour la révolution" (Revue internationale 31, 1982).

Nous nous limiterons ici à deux questions fondamentales pour le développement de la conscience de classe dans les grandes masses du prolétariat qui viennent, ô combien, défendre la validité de la position de toujours du Courant. La question de l'expérience de la révolution et de la contre-révolution d'une part, et celle des deux guerres mondiales. La nouvelle analyse avancée au congrès les présentent comme des facteurs négatifs défavorisant la prise de conscience de classe puisqu'ils entraveraient le développement des contacts en Europe. Or c'est justement le contraire : l'expérience directe du prolétariat européen (et donc de ses minorités d'avant-garde) de la contre-révolution - et qui dit contre-révolution dit aussi révolution -, en particulier l'expérience et les combats passés contre la social-démocratie et le stalinisme, tout comme la cruelle expérience des guerres mondiales, vécue dans sa chair - dans la chair des parents et grands-parents des prolétaires européens d'aujourd'hui - sont encore vivantes ; tout cela a une résonance dans la conscience des prolétaires et encore plus dans celle des éléments d'avant-garde et sert ainsi de point d'appui aux organisations communistes tant dans leur politique vis-à-vis des nouveaux individus révolutionnaires que dans leur propagande et intervention vis-à-vis des grandes masses du prolétariat.

On voit là, dans cette question, comment l'abandon de l'alternative guerre ou révolution lors du 15ème congrès du CCI en 2003 et sa conséquence le rejet de toute possibilité de nouvelle guerre impérialiste généralisée lors du17ème congrès en 2007, ont de graves et profondes conséquences politiques sur l'ensemble des positions du CCI.

Un congrès exprimant le tournant vers la bourgeoisie

Quoiqu'il en soit de la validité de notre Critique de la théorie du maillon faible, toujours d'actualité pour nous, il importe de relever que le CCI remet en cause encore une fois, sans le dire, une de ses positions de base qui fondait largement ses orientations et ses interventions politiques. Cette dérive, qui mène à l'abandon de ses positions de classe, ne peut mener ce CCI-là que vers le camp ennemi. Ce processus est infaillible sauf si, déjà aujourd'hui, des militants en son sein se ressaisissent enfin et décident cette fois-ci d'engager une véritable confrontation politique, c'est-à-dire un véritable "débat" qui ne peut être qu'un combat. Nous en doutons fort car la liquidation actuelle de cette position n'est que la résultante inévitable, quasi-mécanique, des abandons précédents. Défendre la Critique de la théorie du maillon faible de manière cohérente implique de revenir sur la question de la guerre impérialiste généralisée, son rôle dans le développement de la conscience dans la classe, donc revenir sur l'abandon de l'alternative - propre à la période de décadence du capitalisme - guerre ou révolution ; donc revenir aussi sur l'abandon du cycle crise-guerre-reconstruction-nouvelle crise qui fonde la théorie de la décadence du capitalisme ; cela implique aussi de réaffirmer les positions et la méthode de compréhension du CCI des années 1970-1980 sur le développement de la lutte des classes, donc revenir sur le tournant conseillisto-anarchiste qui marque cette dernière décennie. Bref défendre cette position au sein du CCI actuel implique de revenir sur ce qui fonde les multiples abandons, à savoir la théorie de la décomposition que les liquidationnistes du CCI, eux-mêmes, ont visiblement choisi de mettre sous la table, en ne l'évoquant presque plus du tout. Enfin, défendre de manière politiquement cohérente cette position, comme d'autres positions abandonnées d'ailleurs, implique de le faire aussi de manière conséquente, c'est-à-dire de se regrouper en minorité organisée au sein de l'organisation et d'affronter une salvatrice crise organisationnelle...

Il faut se rendre à l'évidence : les deux grandes "originalités" de ce congrès - les attaques économiques du capital serait un frein au développement de lutte des classes et la classe ouvrière d'Europe occidentale serait devenue la fraction la plus faible du prolétariat mondial - ne sont pas que des abandons supplémentaires. Ils ont une autre valeur et signification politiques : ce sont aussi des gages politiques donnés au gauchisme, c'est-à-dire à des forces politiques bourgeoises.

Septembre 2010.

La Fraction de la Gauche communiste internationale.


1. Un résumé de ces trahisons politiques se trouve dans notre texte Le combat de notre fraction contre la dérive du CCI (lettre à un sympathisant du CCI) du bulletin 49 de la Fraction interne du CCI : http://www.fractioncommuniste.org/ficci_fra/b49/b49_5.php

2. http://www.fractioncommuniste.org/ficci_fra/b44/b44_9.php

3. cf. notre critique d'alors à ces Thèses : http://www.fractioncommuniste.org/ficci_fra/b38/b38_4.php#sdfootnote4sym

4. cf. - par exemple - Revue internationale 31, Le prolétariat d'Europe de l'Ouest au coeur de la lutte de classe, 1982.


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