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Petit retour sur la nature des organisations politiques
du prolétariat : parti et classe
EN DEFENSE DE LA METHODE DES FRACTIONS

Beaucoup de nos critiques actuels, et même en notre sein, voudraient que nous fassions une critique plus "radicale" des positions du CCI et de nos origines suggérant que ce qui se passe dans le CCI n'est pas dû à son processus actuel de dégénérescence mais remonte à ses origines, voire à la création de la GCF en 1944-45 pour le BIPR.

Nous voudrions d'abord revenir sur la nature des organisations prolétariennes et du parti de classe pour Marx et Engels, c'est à dire dans la vision du marxisme. Nous montrerons que parti ou organisation et classes sont des notions complètement imbriquées.

Dans une deuxième partie nous montrerons, par conséquent, que conscience de classe et organisation étant fortement liées, la question organisationnelle demeure la question centrale car elle cristallise bien plus que la question organisationnelle pure. La conscience de classe se concentre dans l'histoire des différentes organisations de la classe : Ligue des communistes, I°, II°, III° Internationales, la Gauche Communiste. La conscience de classe se concentre et progresse dans la continuité du combat historique de la classe ouvrière et particulièrement de ses organisations politiques.

Voilà pourquoi la "méthode d'organisation" dont un des moments est la fraction, est la seule méthode permettant de faire progresser la conscience de classe. C'est pourquoi la notion de continuité historique entre les différentes organisations de la classe est importante.

Cela ne veut pas dire qu'aujourd'hui le CCI soit la seule organisation au sein de la Gauche communiste qui cristallisait l'expérience et la conscience de notre classe. De notre point de vue : non. Elle est concentrée dans tous les groupes de la Gauche communiste notamment ceux provenant de la Gauche communiste italienne. Pour nous comme continuateurs du CCI d'origine, le travail passe par cette continuité historique.

I – Parti et classe

1- L'existence du socialisme se manifeste d'abord dans la conscience des ouvriers

Nous préférons citer une formulation d'Internationalisme (juin 1948) qui résume très bien notre propos. « L'existence du socialisme ne peut se manifester d'abord que dans la conscience socialiste, la classe qui le porte et le personnifie n'a d'existence historique que par cette conscience. La formation du prolétariat en tant que classe historique n'est que la formation de sa conscience socialiste. Ce sont là deux aspects d'un même processus historique inconcevable séparément parce qu'inexistants l'un sans l'autre.

La conscience socialiste ne découle pas de la position économique des ouvriers, elle n'est pas un reflet de leur condition de salariés. Pour cette raison, la conscience ne se forge pas simultanément et spontanément dans les cerveaux de tous les ouvriers et uniquement, dans leurs cerveaux ».

« Le socialisme en tant qu'idéologie apparaît séparément et parallèlement aux luttes économiques des ouvriers, tous les deux ne s'engendrent pas l'un l'autre quoique s'influençant réciproquement et se conditionnant dans leur développement tous les deux trouvent leur racines dans le développement historique de la société capitaliste ».

Ce qui est important de souligner à travers cette idée, c'est que la conscience socialiste existe du fait de la société divisée en classe, de ce fait elle existe déjà avant l'existence du capitalisme et la concrétisation dans le socialisme. Nous retiendrons de ce premier principe, le processus du développement de la conscience.

2- Conscience et organisation

Et, effectivement cette conscience se concrétise immédiatement après par l'existence de groupes ou groupements.

«b Si les ouvriers ne deviennent "classe par elle-même et pour elle-même" (selon l'expression de Marx et Engels) que par la prise de conscience socialiste, on peut dire que le processus de constitution de la classe s'identifie au processus de formation des groupes de militants révolutionnaires socialistes. Le parti du prolétariat n'est pas une sélection, pas davantage une "délégation" de la classe mais c'est le mode d'existence et de vie de la classe elle_même. Pas plus qu'on ne peut saisir la matière en dehors du mouvement, on ne peut saisir la classe en dehors de sa tendance à se constituer en organismes du prolétariat en classe donc en parti politique (Manifeste Communiste) n'est pas une formule du hasard mais exprime la pensée profonde de Marx-Engels. Un siècle d'expérience a magistralement confirmé la validité de cette façon de concevoir la notion de classe ». (Internationalisme

C'est ce que développe magistralement Bordiga dans son texte Parti et classe de 1921.

«b La critique marxiste voit la société humaine dans son mouvement, dans son développement historique, selon un critère essentiellement dialectique, c'est-à-dire en étudiant les événements, dans leurs liaisons réciproques.

Au lieu de prendre - comme dans la vieille méthode métaphysique - un instantané de la société à un moment donné,. puis de l'étudier pour y reconnaître les diverses catégories dans lesquelles les individus qui la composent doivent être classés, la méthode dialectique voit l'histoire comme un film qui déroule ses tableaux les uns après les autres ; c'est dans les caractères saillants de leur mouvement qu'il faut chercher et reconnaître la classe.

Dans le premier cas nous tomberions victimes des mille objections des statisticiens purs, des démographes, gens à courte vue s'il en est, qui réexamineraient les divisions en faisant observer qu'il n'y a pas deux classes ou trois, on quatre, mais qu'il peut en exister dix, ou cent, ou mille, séparées par des gradations successives et des zones de transition indéfinissables. Dans le second cas, nous avons bien d'autres éléments pour reconnaître ce protagoniste de la tragédie historique qu'est la classe, pour en fixer les caractères, l'action et le but qui se manifestent avec une permanence évidente, au milieu du changement d'une multitude de faits que le pauvre photographe de la statistique enregistre dans une froide série de données sans vie.

Pour dire qu'une classe existe et agit en un moment de l'histoire, il ne suffira donc pas de savoir combien étaient, par exemple, les marchands de Paris sous Louis XIV, ou les Landlords anglais du XVIlle siècle, ou les travailleurs de l'industrie manufacturière belge au début du XIXe siècle. Nous devrons soumettre à notre investigation logique une période historique entière, pour y retrouver un mouvement social, et donc politique, qui malgré les hauts et les bas, les erreurs et les succès à travers lesquels il a cherché sa voie, ait adhéré avec évidence au système d'intérêts d'une fraction des hommes placés dans certaines conditions par le mode de production et son évolution. »

Et il poursuit :

«b Le concept de classe ne doit donc pas nous suggérer une image statique, mais une image. dynamique. Quand nous décelons une tendance sociale, un mouvement dirigé vers un but donné, alors nous pouvons reconnaître l'existence d'une classe au sens propre du mot. Mais alors existe d'une façon substantielle, sinon formelle, le parti de classe ».

Le parti et les organisations sont bien la cristallisation à un moment donné de la conscience qui existe dans la classe ouvrière.

3 - Un parti, une organisation

« Un parti vit quand vivent une doctrine et une méthode d'action. Un parti est une école de pensée politique et donc une organisation de combat. Le premier trait est un fait de conscience, le second, un fait de volonté, plus précisément d'effort vers un but. En l'absence de ces deux caractères nous ne possédons pas encore la définition d'une classe. » (Bordiga, idem)

Cette formulation est si importante qu'elle est reprise dans la premier numéro de Bilan en 1933 (Page 14 dans Vers l'internationale deux et trois quarts ?) par la Fraction italienne de la gauche communiste (FIGC). Et, c'est bien ainsi que la FIGC comprenait son rôle : « être une école de pensée et organisation de combat ».

Ces camarades précisent encore leur pensée en disant que la logique formelle pourrait voir une contradiction manifeste dans deux formulations de Marx : celle où il affirme que 'l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes' et celle où il défend 'l'organisation du prolétariat en classe, et, par suite en parti politique'. Et ils répondent que « bien au contraire, les deux pensées de Marx se complètent ; seule la mise en branle de la classe dans son ensemble peut abattre l'Etat bourgeois ».

On commence à comprendre que la question organisationnelle n'est pas qu'une question d'organisation mais qu'il s'agit d'un phénomène d'une toute autre ampleur : un phénomène historique qui dépasse même la question de la classe ouvrière. La bourgeoisie elle-même pour effectuer sa révolution a eu besoin de partis politiques, en Grande Bretagne sous Cromwell comme en France avec les Jacobins, etc. Et ces partis et organisations cristallisaient une conscience de classe en formation puis en action.

II – La continuité historique et organique

Dans un document important, la déclaration de sa CE dans le premier numéro de Bilan, la fraction italienne rappelle la méthode du mouvement ouvrier. Elle commence par dire de quels documents politiques antérieurs elle se réclame et ensuite, elle relie la Fraction à l'histoire du mouvement ouvrier

«b Au début du mouvement ouvrier des intellectuels bourgeois, Marx et Engels, militant dans la Ligue des Communistes, établissent les conditions politiques pour la lutte des masses ouvrières. (...) Les tâches suprêmes du prolétariat furent considérées, en ce moment, comme pouvant résulter de la révolution bourgeoise elle-même. Le premier parti de la classe ouvrière, la Ligue des Communistes, se fonde du reste sur ces éléments historiques.

Par après, les nouveaux partis, la Première internationale se fonde sur les nouveaux problèmes issus des événements. Le parti de la classe prolétarienne est à même de résoudre des problèmes que la Ligue communiste pouvait difficilement entrevoir : la classe ouvrière, pour réaliser son émancipation, ne pourra plus être le « compagnon de route » (Marx) du capitalisme, au cours de la révolution bourgeoise.

La « Nouvelle Gazette Rhénane» de 1818-49, faite par Marx en collaboration avec la bourgeoisie radicale, est remplacée par la première tentative d'organisation indépendante des travailleurs au sein de la Première Internationale.

Une autre situation historique s'ouvre. Le capitalisme s'installe au pouvoir dans les différents pays et la Deuxième Internationale, qui se fonde en 1889, lutte pour l'amélioration des conditions d'existence des travailleurs et pour la fondation de ses organisations de classe. Enfin, la III ème Internationale surgit, après la trahison de la Deuxième, grâce à la révolution russe. Elle se donne pour tâche historique de réaliser la révolution dans le monde entier.

A chaque période historique, de formation du prolétariat en classe, la croissance des buts du parti se manifeste d'une façon évidente. La Ligue des Communistes marchera avec une fraction de la bourgeoisie. La Ire Internationale ébauchera les premières organisations de classe du prolétariat. La II ème Internationale fondera les partis politiques et les syndicats de masse des travailleurs. La Ill ème Internationale réalisera la victoire du prolétariat en Russie.

A chaque période, nous verrons que la possibilité de la constitution du parti se détermine sur la base de l'expérience précédente et des nouveaux problèmes apparus au prolétariat. () »

Enfin la fraction conclut :

« A chaque période, le prolétariat peut s'organiser en classe, le parti se fonde sur les deux éléments suivants :

I° La conscience de la Position plus avancée que le Prolétariat doit occuper, l'intelligence des nouvelles voies à emprunter.

2° La croissante délimitation des forces pouvant agir pour la révolution prolétarienne. » (souligné par la FIGC).

Nous avons tenu à citer longuement la Gauche communiste italienne pour montrer comment se pose la question. Ce que nous voulions montrer c'est la continuité organique qui existe entre les organisations du prolétariat. Les militants communistes qui avaient été exclus de la III° Internationale se considéraient comme une fraction de l'ancienne organisation et des anciens partis. Comme le rappelait MC à un certain Bérard (ex-LO militant de RI en 1973-74) professeur en « modernisme » qui se targuait de faire du neuf : « on ne peut parler de 'Fraction' en l'absence de filiation organique. Une fraction est une fraction de quelque chose. » Bulletin d'études et de discussion numéro 9 -1974.

Voilà pourquoi nous nous réclamons de la méthode de fraction et voilà ce que nous répondons à tous ceux qui voudraient que nous fassions « autre chose », que nous nous situons en dehors de la logique de pensée du CCI et sur une critique plus radicale :

- nous nous réclamons de la continuité organique avec toutes les organisations de la classe ouvrière,

- nous nous réclamons de notre ancienne organisation : le CCI.

Disons tout de suite pour éviter toute polémique inutile que le CCI, bien évidemment, ne peut pas être comparé à l'Internationale communiste, que nous ne sommes pas équivalent aux fractions communistes qui, à la fin des années 20, en provenaient. Mais nous nous réclamons de la méthode de notre classe. Cette réflexion mérite une nouvelle précision. Pourquoi nous ne pouvons pas nous réclamer intégralement de cette expérience ? Parce que nous ne provenons pas d'une véritable internationale de la classe, nous provenons déjà d'anciennes fractions de la classe. En effet, la III° Internationale est la dernière véritable Internationale de la classe ouvrière et depuis lors la conscience de la classe est éclatée entre différents groupes ou courants de la Gauche communiste.

Et cette remarque est d'importance car la seule attitude et méthode, pour des militants communistes et internationalistes conséquents, aurait pu être celle de se rapprocher de tout autre groupe de la Gauche communiste. Mais jamais au grand jamais, la méthode n'aurait été d'appliquer une méthode éclectique, tout azimut et sans principe, comme l'a fait le 'cercle de Paris' (constitué en grande partie des militants ayant démissionné du CCI lors de la crise organisationnelle de 1993-1995), par exemple. Ce dernier remet tout en cause et, a tendance à trouver toutes les idées intéressantes. Cette méthode nous pouvons la qualifier d'empirique et comme toute méthode empirique, elle n'aboutit nulle part. Elle part de rien et ne sait pas où elle va, par conséquent et par définition, elle ne peut aboutir nulle part.

Nous aurions pu nous rattacher immédiatement à un autre groupe de la Gauche communiste, puisque dans la période historique actuelle nous ne provenons pas d'une internationale. Cela aurait été valable, comme méthode, si le CCI avait trahi la classe ouvrière, or, ce que nous voyons c'est qu'il n'a pas trahi, il demeure internationaliste sur les questions essentielles. Nous pouvons uniquement dire qu'il se situe dans un processus de dégénérescence mais rien n'est irréversible.

D'ailleurs, le BIPR pose le problème de cette façon. La question qu'il pose - et la seule question digne d'intérêt de notre point de vue - n'est pas la trahison du CCI mais celle de sa dégénérescence actuelle en remontant à ses origines. La question de sa dégénérescence actuelle serait donc posée dès sa filiation dans la Gauche communiste de France. Nous y répondrons par ailleurs car c'est une question très importante qui ne peut être traitée dans le cadre de cette étude.

Reprenons notre raisonnement, le rattachement à l'ancienne organisation dégénérescente, la méthode de fraction. Il faut répondre à la question que gardons-nous de l'ancienne organisation, du CCI. Et une fois de plus faisons appel à MC dans le Bulletin d'études et de discussion numéro 9 : «si toutes les fractions provenant de l'ancien Parti et représentant nécessairement (souligné par MC) une continuité organique, par contre tous les groupes et oppositions venant de l'ancien parti et représentant une continuité ne sont pas forcément des fractions (communistes), car pour l'être, il faut encore qu'elles aient gardé en 'héritage' l'acquis des principes, sur lesquels on ne saurait revenir sans se renier, et soient capables de soumettre à une critique les positions anciennes qui se sont avérées incomplètes, erronées, inadéquates, pour les dépasser , élaborer une meilleure compréhension théorique des leçons de l'expérience passée et présente. C'est ce que la fraction italienne dans de violentes polémiques a mis en évidence contre Trotski et les trotskistes (et surtout les oppositionnels qui critiquaient la méthode dite du 'redressement', rajout de notre part) : c'est pourquoi sa revue s'appelait Bilan (bilan de quelque chose qui existait et qu'il fallait défendre et approfondir)».

III – En défense de la méthode de la fraction : l'exemple du combat des oppositionnels à la fin des années 20

1- les principes

D'abord il nous faut rappeler les principes et nous ne résistons pas pour le faire à citer une fois de plus MC qui s'exprimait sur les dépasseurs du mouvement ouvrier, les modernistes (Bulletin d'études et de discussion numéro 9) :

«bIls (la) traitent (il s'agit de la continuité organique) allégrement par-dessus la jambe. Et pour cause ! Pas très fiers de leurs géniteurs, ils préfèrent encore se dire bâtards, aussi bien organiquement que politiquement. Et pour être tout à fait à l'aise, ils souhaiteraient que le prolétariat et tout le mouvement communiste en fassent autant. Cette hantise de la "continuité" du "passé", de l'"acquis" est le cauchemar de ces camarades qui sans cesse y reviennent pour y mettre encore et encore des garde-fous. Ils enveloppent le tout, comme c'est leur habitude, dans un fatras de mots, où il y a du "pour" et du "contre", un peu pour tous les goûts, mais ils ne parviennent pas à cacher complètement toute l'aversion qu'ils éprouvent à la seule évocation du mot "acquis", presque autant que pour le mot "organisation".

Cela se comprend : continuité, acquis, organisation imposent des cadres et des frontières rigoureuses qui conviennent fort mal aux bavards et aux bavardages, à ceux qui touchent à tout et connaissent peu, aux fantaisies de "chasseurs d'originalité". "Ne rien avoir à faire avec le passé" était le cri de ralliement de tous les contestataires de France et de partout, et ce n'était pas pour rien ! Parler d'où elle vient, sur quelles positions acquises elle se fonde et parler d'une nouvelle cohérence "sans passé" est le propre d'une prétention mégalomane digne d'un Dühring. Les sages paroles sur les "dépassements nécessaires" ne servent en l'occurrence que de feuilles de vigne; le dépassement n'est jamais un effacement, il contient toujours un passé. Parler de dépassement sans d'abord répondre à la question "quelle partie du passé conserver et pourquoi?" n'est qu'escamotage et le pire des empirismes. » Et plus loin il dit : « les contestataires "rénovateurs" de tous bords n'ont eux d'autre désir que de rompre, effacer, faire table rase, afin de partir d'un présent vierge, d'un nouveau " commencement", c'est à dire d'eux-mêmes ». (souligné par MC)

Voilà quelle est la méthode, nous avons dit que nous avancerons pas à pas, nous ne croyons pas que l'on puisse effacer le passé, partir d'un présent vierge et c'est pourquoi nous défendons le principe de la fraction qui est aussi une méthode. C'est ce que ne comprends pas le CCI, non plus, qui nous dit en substance quand il a quelques sous de jugeote « Vous n'êtes pas une véritable fraction, vous n'avez pas une ligne politique propre ou affirmée ou particulière. Vous êtes la plus nulle des fractions. Vous êtes de parasites ». Nous les renvoyons d'une part à nos articles dans les bulletins internes sur les fractions et leur conception idéaliste sur le mouvement ouvrier. Mais surtout nous nous reconnaissons dans cette méthode qui part des critiques organisationnelles pour mettre en évidence le processus opportuniste et idéaliste qui gangrène l'organisation. Ces Messieurs feraient bien de méditer la formule de Bordiga qui est très juste sur le parti et que nous généralisons, en ce qui nous concerne, à toutes les organisations révolutionnaires : « le parti communiste est à la fois la manifestation historique de la doctrine propre à une classe et une organisation politique et l'organisation politique de ses adhérents. » (Bordiga – Sur le fil du temps – Parodie de la praxis en critique aux innovateurs de Socialisme ou Barbarie)

C'est cela qui est important, la question organisationnelle une fois de plus ne se limite pas à l'organisation politique au sens strict qui regroupe ses adhérents. C'est une école de pensée, c'est une doctrine. Voilà pourquoi nous nous revendiquons de la continuité organique et de l'organisation dont nous sommes issus pour « d'abord (souligné par nous) répondre à la question ' quelle partie du passé conserver et pourquoi ? » Et après, nous aurons encore du travail, c'est ce que nous verrons dans cette phase là.

2 – Deux exemples historiques : le 'Cercle communiste démocratique' de Souvarine et le Réveil communiste de Pappalardi

Il n'y a pas d'autre méthode que la méthode de la fraction comme nous venons de le voir.

2 - 1- Quel était la politique de Souvarine et du 'Cercle communiste démocratique'  ? Il est clair que les choses ne sont pas aussi simples et l'on découvre chez Souvarine au moins jusque dans le milieu des années 30 des aspects contradictoires de « redressement des PC » mais la dynamique pousse chaque jour un peu plus à l'élaboration d'un rejet de toute l'expérience et de la méthode du mouvement ouvrier. Il s'agit même de rompre avec ce passé et même de « renouveler » la pensée contre « le néant de la culture révolutionnaire » (La critique sociale, n°1, page 20). On constate qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil des nouveaux « modernistes ».

Le but du Cercle démocratique est défini sans ambiguïté dans ses nouveaux statuts de 1930 « Les défaillances et déviations des organismes rituels du prolétariat et leur impuissance à traduire les intérêts historiques des masses donnent au Cercle communiste démocratique sa raison d'être : représenter la rupture nécessaire avec les pratiques dites socialistes ou communistes du présent, en sauvegardant l'héritage doctrinal et les résultats de l'expérience du passé, et rechercher activement les germes de renouvellement de la pensée et de l'action révolutionnaire. » [1]

Mais encore le Cercle cherche à être un lieu d'élaboration d'une éthique de la politique et, ce faisant, d'en arriver à « la désolidarisation publique d'avec l'imposture bolchevique » (lettre de Souvarine à H Brandler et A. Thalheimer). On ne peut pas mieux faire en matière de rupture d'avec la continuité organique. Il se veut une société de pensée sans renoncer à devenir « l'embryon d'un mouvement futur » (cité dans Boris Souvarine et la critique sociale, Editions la découverte). Le Cercle est un lieu d'études organisant des discussions sur des thèmes divers et variés.

2 – 2 - Dans le numéro 4 du Réveil communiste (numéro en italien) de novembre 1928, l'éditorial « aux lecteurs » prend position sur la fondation de la fraction italienne (Prometeo/Bilan) «  nous devons noter d'autre part l'entrée en lice avec quelque retard d'une fraction internationale ( ?) de gauche' qui conduit une opposition molle pour une soi-disant possible régénération du Comintern (Prometeo). »

Et dans le numéro 5 du Réveil de février 1929, on lit : «  les éléments qui se placent sur le terrain du redressement du Comintern sont les agents conscients ou inconscients directs ou indirects de la politique contre révolutionnaire du Comintern : les Paz, les Treint, les léninistes ou trotskistes, ou léninistes-trotskistes de 'Prometeo' qui sont les endosseurs de la funeste politique de la bolchevisation ».

Qu'est devenu le Cercle communiste démocratique ? Quelles ont été ses grandes innovations ? Il a sombré dans l'antifascisme après le 4 février 34 et les manifestations des Croix de feu du Colonel de la Rocque avant que Souvarine ne soit financé par l'Amérique pendant la Guerre froide.

Qu'est devenu le Réveil communiste ? Il a recherché des nouveautés dans l'anarchisme, on peut le constater avec la publication de Spartacus qui se fera en commun avec Prudhommeaux. Or, il n'y a rien de neuf dans l'anarchisme ?

3 – La politique de redressement de l'IC et des PC est défendue par l'autre courant oppositionnel : Le Redressement communiste de Treint, La Lutte de Classes/ La vérité, Contre le courant et Prometeo (La gauche communiste italienne).

Cette politique est bien défendue par L'Unité léniniste (numéro 14 du 12 avril 1928) dans l'article de première page « Pour le redressement de l'IC, pas dans la voie du Leninbund ».

« Nous condamnons catégoriquement et irrémédiablement toute forme de lutte qui prend un caractère d'hostilité à l'égard des PC, comme toute forme d'organisation qui s'oppose à l'IC.

Nous restons plus fermement que jamais partisans du travail de redressement des partis et de l'IC. » [2]

Et, le numéro 15 du 26 avril 1928 « Il est certain que si les partis de L'IC étaient dégénérés au point qu'un redressement ne fut plus possible, ce serait le devoir de l'Opposition de se constituer en parti et non pas en tant que second parti, mais comme seul parti bolchevik.

Mais ce n'est pas une question de la phase historique que nous vivions maintenant. » (signé Henri Barré et Albert Treint.)

4 – La défense par la Fraction italienne de la Gauche communiste de la théorie de la continuité historique et organique d'avec les organisations du passé.

C'est la Gauche communiste italienne qui a le mieux défendu en pratique et en théorie la méthode de la fraction. Et une nouvelle fois nous soulignons que la question organisationnelle dépasse la simple question de l'organisation, il s'agit d'une méthode de travail de réflexion politique. C'est pourquoi nous citons, ci-après, longuement Bilan.

La fraction ainsi comprise, c'est l'instrument nécessaire pour l'éclaircissement politique qui doit définir la solution de la crise communiste . (souligné par nous)  Et l'on doit juger comme arbitraire toute discussion opposant l'issue de la fraction exclusivement dans le redressement du parti, à l'issue de la fraction dans un deuxième parti, et vice-versa. L'une ou l'autre dépendront de l'éclaircissement politique obtenu, et ne peuvent pas dès maintenant caractériser la fraction. Il est possible et souhaitable que cet éclaircissement se concrétise par le triomphe de la fraction dans le parti lequel retrouvera alors son unité. Mais on ne peut pas exclure que cet éclaircissement précise des différences fondamentales qui autorisent la fraction à se déclarer elle-même, contre le vieux parti, le parti du prolétariat; celui-ci, à la suite de tout le processus idéologique et organisatoire de la fraction, relié aux développements de la situation, trouvera les bases effectives pour son activité. Dans un cas, comme dans l'autre, l'existence et le renforcement de la fraction sont les prémisses indispensables pour la solution de la crise communiste.  (Bulletin d'information n°3, novembre 1931).

Pas de doute à cet égard, la fraction ne peut que coïncider avec la solution de la crise communiste; elle disparaît dans le parti redressé ou elle devient le parti. Mais, il faut dire clairement que pour la réalisation de la première hypothèse nous devons considérer la transformation du parti et du point de vue idéologique et du point de vue organisatoire, inséparablement ; c'est-à-dire que l'idéologie et l'organisation, et par conséquent l'activité du parti, doivent être la conscience et la volonté collective du parti.

Par suite de circonstances, dont la connaissance nous aidera à former le programme de la fraction, les relations normales d'interdépendance entre la base du parti et l'appareil dirigeant ont été rompues, et substituées par des relations de pure dépendance mécanique de la base à l'appareil : la conscience et la volonté collective du parti, qui devraient créer l'appareil et lui donner les directives fondamentales sont suffoquées : la base a perdu le contrôle de l'appareil et celui-ci vit de sa propre vie, ce qui constitue la cause fondamentale de ses grandes fautes et peut amener les partis à leur perte définitive. Le même phénomène maladif, avec des conséquences non moins funestes à l'échelle mondiale, se retrouve entre les sections nationales et le centre dirigeant international et dans ce centre même entre la majorité et une toute petite minorité toute puissante. Mais les historiques du prolétariat sont inséparables de sa conscience et de sa volonté s'exprimant par son spécifique instrument, le parti de classe. Cela signifie que le parti qui n'est pas l'expression constante de la conscience et de la volonté collective de l'avant-garde prolétarienne ne peut pas donner les garanties nécessaires pour la direction des luttes vers l'accomplissement des tâches historiques du prolétariat . (Idem)

En effet, la fraction se donne pour tâche de reconquérir le parti et l'Internationale et a pour volonté politique de rester dans le parti jusqu'à son exclusion. Après 1928, la fraction italienne reconnaît que l'IC a trahi avec  la politique de socialisme dans un seul pays ( l'IC n'a plus un caractère internationaliste). Mais, elle fait encore une distinction de nature avec les partis communistes. Ces partis, pour elle, peuvent encore être redressés. Donc, en dehors ou à l'intérieur des partis communistes, elle se donne le même but de redresser les partis. C'est la raison pour laquelle elle adopte le nom de  Fraction italienne du parti communiste italien . Elle accomplit la même fonction dans ces deux moments.

Et il faudra attendre 1935 pour que la fraction italienne constate que les partis communistes ont définitivement trahi. Alors, et alors seulement la création des nouveaux partis ne passera qu'à travers les fractions de Gauche. C'est la fraction qui assumera la continuité historique et organique.

L'ancien parti est mort. La fraction met en avant l'idée que la fraction fait le pont avec le futur parti.

La fraction interne du CCI, novembre 2002

Commentaires importants sur la nature et la fonction des fractions dans ses 2 périodes historiques d'existence

Nous dédions ce passage et notamment le point a) de la résolution de constitution de la GCI à ceux qui ont la prétention de faire de la théorie, mais ne sont que des inventeurs de l'histoire pour faire passer leur camelote frelatée. Nous avons déjà répondu une première fois aux élucubrations des « liquidationnistes » dans un de leurs articles paru dans la Revue Internationale n°108 à propos des Fractions qui expliquaient doctement sur la nécessité de constituer des fractions que si l'ancienne organisation avait trahi. Comme nous le développions dans un deuxième article sur les fractions en réponse à la Revue Internationale n°110, tous les « développements » du CCI actuel s'écartent de la tradition de la gauche communiste. Ce nouveau passage montre bien que la vision juste, celle de la Gauche communiste italienne, conçoit 2 périodes d'existence des fractions qui ont elles-mêmes 2 fonctions différentes : avant que le parti ne trahisse, sa fonction consiste à combattre contre le cours opportuniste dans lequel il est engagé et à lutter pour son redressement ; après la trahison de l'ancienne organisation, sa fonction consiste à servir de pont vers la formation d'un nouveau parti au niveau programmatique et organisationnel.

Nous dédions également cette citation à ceux qui veulent brûler les étapes et faire table rase immédiatement. Tant que l'ancienne organisation n'est pas perdue, il y a encore du travail à faire avant de passer à la deuxième phase décrite dans le point b).

De toute façon, quelle que soit la période en jeu, une fraction (comme toute organisation politique prolétarienne) ne peut concevoir son travail que dans le cadre d'une continuité politique.

La Fraction Interne mais exclue du CCI.

Résolution sur la constitution du Bureau International de la GCI (1938)

[Il s'agit de la résolution de constitution du Bureau des deux fractions : les Fractions belge et italienne de la Gauche communiste internationale.]

Point 1 – Classe-Parti-Fraction.()

« La Fraction de gauche poursuit la réalisation de cette tâche (exprimer la survivance et la continuité de la confiance prolétarienne et de forger les nouvelles armes idéologiques) :

a/ au sein du parti défaillant, tant que subsiste la perspective, non pas de redresser sa direction opportuniste, mais de pouvoir le reconquérir à l'idéologie communiste sous la direction de la fraction de gauche.

b) en dehors de ce parti, lorsque celui-ci trahit. »


Notes:

[1] . Cercle communiste démocratique, Déclaration et statuts , Librairie du travail, Paris, 1931.

[2] . Le débat avait été très fort entre les Oppositionnels sur la question du deuxième parti ce qu'a réalisé le Leninbud. Trotski avait fini par dire que la situation n'était pas en Allemagne similaire à celle des autres pays et par défendre cette création de 2 ème parti en Allemagne.
Il était furieusement opposé à la création d'un deuxième parti ailleurs dans le monde. Il attaquait la Gauche communiste italienne comme étant partisane de la création d'un 2 ème parti ce qu'elle dénonçait comme une manoeuvre de Trotski contre elle. En effet, elle était furieusement opposée à cette politique comme nous le verrons ci-après.


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