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Notes de lecture
Crise de la GCI de 1950-52

Nous avons lu « La critique de "Socialisme ou Barbarie" » de Lucien Laugier aux Editions du Pavé.

Pourquoi ce livre est-il important et pourquoi en conseillons-nous la lecture à nos lecteurs ? Outre qu'il apprend beaucoup sur une période méconnue de l'histoire du mouvement ouvrier, il amène beaucoup d'éléments de réflexion.

Il comprend une réflexion de Lucien Laugier, membre de la Fraction Française de la Gauche Communiste, qui relate dans le chapitre 2 la crise de la FFGC. Il propose une analyse sur le fait que le groupe a été "décimé par le départ de la presque totalité de ses militants et sympathisants émigrés en direction de Socialisme ou Barbarie (SB)"

Il pose la question des raisons de la crise d'une organisation révolutionnaire. Dans ce cas, une des raisons en est la faiblesse politique des membres de la FFGC qui n'arrivent pas à résister au modernisme brillant et intellectuel de Socialisme ou Barbarie. Ces militants avaient été intégrés trop rapidement sur la base d'un certain enthousiasme après la guerre impérialiste comme le défendait MC et Mousso de la GCF. Comment pouvait-on avoir dans une même organisation d'ex-membres du POUM (Véga) n'ayant pas vraiment rompu avec leurs positions politiques antérieures, Chazé ou Lastérade ex-militants de l'Union communiste d'avant-guerre (qui se disaient près du Conseillisme) avec des militants de la Gauche communiste italienne ? C'est d'ailleurs ce que reconnaît Laugier quand il dit "les partisans de SB dans la FF (..) avaient un autre passé et un autre militantisme, de filiation toute différente, étaient plus disponibles, et même plus désinvoltes dans leur choix d'un autre point de ralliement". (page 55).

Face à cela, les manoeuvres ne servent à rien ; "Les manoeuvres de Frédérique (Suzanne Voute) trahissaient une autre anticipation () il s'agissait de la préoccupation – certainement inconsciente – de ne pas briser cette mini et para 'communauté' que représente de nos jours tout groupe 'révolutionnaire'" (idem, page 55).

Et enfin, on arrive à déterminer la vraie raison de la crise. La question de fond est donc l'existence de divergences de fond existant dans la FF et qui n'avaient pas été identifiées ou mises en avant antérieurement. "Marseille (section dans laquelle militait Laugier) indiquait enfin que l'engouement qui s'était produit dans la FF en faveur du groupe Chaulieu était le résultat d'antérieures divergences internes à la fraction elle-même et que c'était donc en son sein qu'il fallait d'abord les affronter". (page 63).

Mais au-delà de cet aspect, il montre les faiblesses du PCInt de l'époque. "Un bref coup d'oeil à la position prise par la direction du PCInt durant ces événements suffit à convaincre qu'elle fut empreinte de l'impuissance et de l'incertitude les plus totales" (page 66).

Laissons de côté l'explication du PCInt sur la crise de la FF (nous y reviendrons dans d'autres textes car c'est malgré tout un problème récurrent dans le PCInt) qui nous paraît secondaire dans l'explication de la crise. Nous ne faisons que la citer : il est de "tradition pour la direction du PCI, de réduire les problèmes d'histoire à des problèmes de lieux : toutes les difficultés surgissant dans l'organisation, il prit l'habitude de les imputer à des causes contingentes et locales" (idem page 66).

Quelles sont les faiblesses du PCInt de l'époque ? "Il convient de rattacher [ces] développements aux nouvelles 'difficultés internes' au PCI dans la période suivante". "Bordiga engloba sa critique du 'barbarisme' dans toute une reprise en main théorique qui servit de base au PCI nouvelle formule". De ce combat "devait surgir la 'crise interne' proprement dite de l'organisation créée en 1944-45".

Voilà ce qui est excessivement important c'est ce que défendait la GCF à l'époque et que le CCI a toujours défendu.

La création du parti en Italie en 1944, s'est faite sur la base d'un grand enthousiasme, il a intégré de nombreux militants qui n'avaient pas compris ou pas adhéré réellement aux positions de la GCI. Inévitablement cela devait mener à une crise entre les immédiatistes et les tenants du travail théorique de réappropriation des principes : en France entre les "barbaristes" et les "tenants de la filiation historique" et en Italie entre Damen et la volonté d'intervention et Bordiga et la nécessité de la réappropriation des principes. Nous ne prenons pas partie ici sur qui a raison du PCInt et du PCI, mais ce que nous voulons dire c'est que ce débat est très important et qu'il pouvait se dérouler au sein de la GCI au lieu d'aboutir à la scission.

Ensuite ce livre contient des documents historiques et théoriques très importants de Bordiga et d'Internationalisme et pour cela il faut le lire.

Evidemment, en ce qui nous concerne, nous irions au-delà de l'analyse de Laugier et du livre qui n'arrive pas à déterminer quel est son objet. Est-ce une critique de Socialisme ou Barbarie ? Est-ce un livre de Laugier ? (on en doute car dans le chapitre 1, on ne sait pas ce qui appartient à Laugier de ce qui appartient à Hempel) Que pense-t-on de la GCI ? Sur la GCI et la GCF il existe des livres et des brochures qui ne sont pas cités ni utilisés pour remettre les événements dans leur contexte ce qui aurait évité au commentateur de faire des erreurs sur les faits et sur l'histoire de ces groupes. C'est pourquoi nous restons sur notre faim. Il manque à ce livre une plus grande rigueur. Dommage !

Il faudra revenir sur la critique de Socialisme ou Barbarie et surtout revenir sur la qualification de tels groupes qui ne manqueront pas de surgir. Ce point est évoqué par Laugier mais à notre avis sa réponse est fausse car il semble dire que la GCI ne pouvait pas apporter la bonne réponse car elle était déjà ossifiée. C'est complètement erroné, la GCI de l'époque connaissait une phase d'affaiblissement théorique et politique dans une nouvelle situation très difficile à appréhender.

Nous retrouvons beaucoup de caractéristiques de l'époque dans la notre avec des changements politiques importants dans la situation. C'est la raison pour laquelle de tels livres sont nécessaires, il nous oblige à réfléchir face à l'histoire du mouvement révolutionnaire et à répondre à de nouvelles situations.

A commander auprès de P. Hempel : 67 rue Henri Ginoux - 92120 Montrouge.


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